Psychologue orienté par la psychanalyse et situé par la psychothérapie institutionnelle, je pratique dans la région normande. Résidant à Rouen, je fais partie du Diable au Corps, un lieu intercollectif qui fait office de milieu culturel et politique. Depuis quelques années désormais, je mène des recherches sur la dimension clinique et traumatique des violences policières. A dater de novembre 2022, ces recherches ont pris un tour académique en devenant un projet de thèse rattaché à l’Université de Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, sous la direction de Pascal Nicolas-Le Start et la codirection de Florent Gabarron-Garcia.
A partir d’entretiens réalisés auprès de personnes ayant subi ou été témoin de violences policières ou bien, encore, avec des proches de victimes, je tente d’établir un repérage spécifique des affections psychiques qui leur sont consécutives. Au centre de ce repérage à travers le récit de la souffrance, se trouve la connotation sociale et politique des symptômes, leur valeur de stigmate(s). Si le choc consitue la condition nécessaire à une expérience hors sens et absurde susceptible d’entrainer un traumatisme, celui-ci se confronte dès la formation des premiers symptômes à une illisibilité et une surdité socialement entretenues qui brouillent les repères d’une clinique conventionnelle du traumatisme. Pour en comprendre les ressorts, il est nécessaire d’investiguer l’organisation politique et sociale d’un déni qui encercle le traumatisme.
Comble de la violence, le déni s’efforce d’effacer la trace des violences subies, ce qui rend le traumatisme aussi inaudible qu’invisible. Initialement périphérique au traumatisme, le déni s’installe pourtant au centre de la souffrance psychique des personnes victimes de violences policières. En sorte que ses effets semblent empiéter sur le traumatisme et envahissent autant qu’ils en troublent tous les plans du tableau clinique.
Il apparaît d’autre part que les violences policières constituent de véritables pratiques de marquage des corps et des esprits, faisant retentir l’écho lointain des marques au fer rouge ou des peines d’infamie. Cette recherche fournit dans le même temps une impulsion à l’étude des processus de brutalisation en cours au sein des sociétés occidentales comme dans certains pays anciennement colonisés.
Les processus de ségrégation
Les processus de brutalisation se déploient en trois direction tout en se rapportant à l’Etat. La première fait signe vers un extractivisme généralisé de matières, de flux et d’organes. En se focalisant sur les violences policières en second lieu, leur brutalité participe à la dissémination de corps, à l’effraction des subjectivités (éprouvés douloureux, traumatiques, sentiments d’humiliation, de dégradation, de déchéance…) et à l’arraisonnement des milieux qui les constituent. En troisième et dernier lieu enfin, la collection de matières, d’organes et de fragments de subjectivités disséminés sert à l’érection d’un corps despotique.

