Francesca RIVA


321.rivafrancesca@gmail.com

Praticienne-chercheuse entre Naples et Marseille, je défends, à travers mes implications dans des contextes parfois éloignés, une recherche plurielle, située, partagée comme un outil puissant de transformation sociale. En 2021, je m’inscris en Master 2 Sciences de l’éducation – parcours Éducation tout au long de la vie à l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, pour m’accompagner dans mon parcours, notamment en travaillant avec Martine Morisse et Pascal Nicolas-Le Strat dans le cadre d’un travail de mémoire. Le choix de questionner mon expérience dans le cadre de ce master m’a permis de rejoindre l’axe Territoires en expérience(s) pour continuer à accompagner ma pratique de recherche et travailler à valoriser la co-recherche que nous menons à partir de notre pratique à la Cité de la Castellane. 

Je suis née à Milan au début des années ‘80 et ma découverte du “savoir”, en dehors de celui qui m’a été transmis au lycée par les professeurs, s’est effectuée, entre autre, parmi les étroits rayons de la librairie Calusca, que Primo Moroni avait décidé d’ouvrir en 1992 au sein du centre social autogéré COX18, en imaginant ce lieu comme un centre à la puissante fonction de centre de production et diffusion de savoirs, lieu d’agrégation, de communication et d’échanges parmi des expériences politiques et culturelles de Milan, d’Italie, de l’Europe entière. 

“ Condividere saperi, sanza fondare poteri” ( “Partager des savoirs, sans fonder de pouvoirs” ) le slogan de Primo Moroni, qui était affiché à l’entrée de la Calusca, a profondément marqué ma propre vision du savoir.

Ayant grandi dans une ville pleine de contradictions et de contrastes, j’ai eu la chance de participer à plusieurs expériences collectives d’autogestion très significatives, à cheval entre les deux milleniums, notamment celle du Deposito Bulk, ce qui a profondément jalonné ma formation . 

Diplômée à l’Université de Milan en médiation interculturelle, après avoir travaillé avec des demandeurs d’asile et des migrants, j’ai atterri à Marseille en 2005, intriguée par l’âme créole de cette ville, où l’ici et l’ailleurs se confondent et cohabitent. En 2007,  alors que je rejoins Marseille, je cofonde l’association 3.2.1.

Avec l’association 3.2.1., ma pratique et ma recherche deviennent indissociables de ces « nous » qui s’inventent dans l’action, dans des rencontres, des co-recherches.

Au moment de sa création, l’association avait comme objectif de traverser différents lieux, du petit village rural au quartier d’une grande ville, en France comme à l’étranger ; d’explorer ces lieux en se faisant accompagner par leurs acteurs, en leur proposant de le faire ensemble, en jouant, en faisant se rencontrer réalité et imaginaire. Le jeu nous permettait d’explorer différemment la réalité, de la transformer et de la recombiner de manière créative et subjective.

Cette errance nous permettait aussi de mieux connaître différentes façons de voir et d’agir  les professions, les activités auxquelles nous nous formions (le travail social d’une part, la création artistique de l’autre) et de traverser des réalités très différentes entre elles .  

Avec ces traversées, nous explorions la puissance de l’imaginaire, du jeu, de l’art, du collectif. Bénévoles et très jeunes, en construisant nous-mêmes nos outils par l’auto-formation, nous nous sommes ouverts des horizons, un large panel de possibles qu’une formation classique ne nous aurait pas permis de découvrir. 

Avec 3.2.1, ·je suis arrivée à la Cité de la Castellane, au Nord de Marseille, lieu où nous avons décidé de jeter l’ancre grâce à la complicité d’un groupe de mères habitantes de la Cité. 

A commencé une longue aventure qui nous a menées, avec des habitants, à plonger dans l’univers de l’intervention socioculturelle en France, à en interroger le fonctionnement, à en découvrir les dérives, les rambardes, les cases, les interdits et à avancer en tâtonnant et en expérimentant sans cesse. 

À partir de 2012, nous avons accompagné ce groupe de femmes très investies dans leur envie de se lancer dans un projet de rédaction. Est né le journal Baguette Magique qui est devenu au fil du temps un outil d’expression et d’émancipation mais aussi une fabrique d’actions, de relations, de questionnements. 

C’est “dans” cette expérience que j’ai décidé de revenir lors de la rédaction de mon mémoire de master “Une Baguette Magique pétrie à plusieurs mains. Plongée dans une pratique “en” recherche située dans une cité marseillaise ”.

Depuis 2022 le journal est réalisé en autonomie par l’association créée par le collectif de rédaction, l’association Trait d’Union

Dans le sillage des actions mises en place par le collectif de rédaction dans les écoles de la Cité et dans d’autres contextes, des nouveaux besoins en sont ressortis ; mais, surtout épuisée par les nombreuses barrières rencontrés dans les différents contextes où elle agissait, l’association a décidé de concentrer ses énergies dans le développement d’une action hors cadre, aux marges. Nous avons décidé de nous lancer dans une démarche en pédagogie sociale dans l’espace commun de la Cité, notamment dans un parc municipal. Le défi du départ : remplacer la peur par la joie du dehors. 

Cette démarche, que nous avons nommée buissonnière, est vite devenue notre nouveau terrain d’action et de recherche à partir duquel nous expérimentons une façon d’agir, de penser le social en termes de commun.

Actuellement je coordonne 3.2.1 en essayant de faire en sorte que l’élan de recherche, qui a toujours orienté la navigation de ce projet, reste à la barre en lui empêchant de perdre sa vitalité étouffée par les mécanismes les plus communs du travail social proprement dit. 

A complété ce cadre, ma participation à un autre projet de co-recherche qui m’anime particulièrement et avec lequel je suis en lien depuis 2009 : le Centro Territoriale Mammut projet de recherche pédagogique et sociale basé à Scampia, dans la périphérie nord de Naples.

C’est au sein de ce projet que j’ai pu me former, au fil du temps et de manière active, aux pédagogies dites “ alternatives ” et où j’ai saisi l’importance d’outiller cette avancée par la praxis (l’importance des traces et de l’écriture, la création continue de dispositifs, d’espaces dédiés à la co-formation, d’occasions pour partager ses avancés) . 

Dans le cadre du Mito del Mammut, depuis plus de 15 ans, éducateurs, enseignants, enfants, parents et de nombreuses autres figures professionnelles (psychologues, urbanistes, anthropologues, artistes, etc.) s’interrogent ensemble sur : comment faire de l’école un lieu heureux, tant pour les enfants que pour les adultes, en participant à améliorer l’apprentissage et à empêcher le décrochage scolaire et sur comment réduire les distances entre école et territoire, en restituant à la ville son potentiel vital. 

Cette recherche, jamais aboutie et toujours initiée à partir des questionnements et des pratiques surgies par d’autres et ailleurs, est pourtant très située dans le temps et dans les espaces qu’elle traverse (une classe, une école, un quartier, …) et a provoqué d’innombrables changements tangibles, ce qui pour moi représente très bien le but premier de la recherche.

Réferences (publications et contribuitions…)

Riva, Francesca. 2021. “ Voyage à Scampia sur le dos d’un mammouth . ” Sud-volumes critiques, vol. n°4. https://revue.marseille.archi.fr/, https://revue.marseille.archi.fr/voyage-a-scampia/.

3.2.1, Hors Gabarit, Les Archiminots. 2021. “ Comment se frayer des chemins possibles  ? Trois associations marseillaises s’interrogent sur leurs pratiques. ” EcoRev’ 51, no.2:34-53.

Nadja Monnet, Emilie Petit, Francesca Riva, Ingrid Tafere. Se mettre en recherche avec des enfants. InSHS, CNRS; LAVUE UMR 7218, CNRS. 2024. ⟨hal-04497613⟩

« Pensée archipélique et liens créateurs à la cité de la Castellane à Marseille » (avec Francesca Riva, Mariana Hernandez Nivia, Elsa Menad et Emilie Petit), Colloque de la section française de l’AFIRSE La recherche en sciences de l’éducation dans le contexte de l’anthropocène, Aubervilliers, 13 novembre 2021.

« Un terrain d’aventure pour (re)donner toute leur place aux enfants ? Retours réflexifs autour d’une recherche en acte » (avec Sabine Gérin, Rahel Hagos, Mariana Hernández Nivia, Elsa Menad, Emilie Petit, Francesca Riva, Mona Vuoso), Colloque  Entre la recherche et l’action : intentionnalité, collaboration et transformation, Dijon, 1er octobre 2021.

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